LA METHODE COUE
Le pouvoir de l'inconscient
Le pharmacien Emile Coué l'a découvert voici plus d'un siècle: les paroles sont souvent aussi importantes que les médicaments.
Dans la localit‚ de Wädenswil, au bord du lac de Zurich, se dresse une ancienne maison de cure. Aujourd'hui encore, l'établissement est familièrement appel‚ "Lutschi-Putschi", par allusion à la doctoresse Gisela Lucci-Purtscher qui, de 1916 à 1929, a exploité à cet endroit le bain thermal des femmes. Ce médecin doublé d'un auteur a acquis, par son intervention en faveur de la méthode inventée par le pharmacien français Emile Coué (1857-1926), une notoriété qui s'étend bien au-delà de Zurich.
"Je vais de mieux en mieux"
Coué jouissait d'une excellente réputation, parce qu'il ne se contentait pas de distribuer des pilules, mais attachait beaucoup d'importance aux conseils personnels. Un jour pourtant, une femme est venue lui réclamer un médicament qu'il ne pouvait pas fabriquer lui-même. Comme la cliente insistait lourdement et tenait à tout prix à son remède, le pharmacien finit par lui remettre un flacon de colorant dissous dans de l'eau en soulignant la grande efficacité de cette préparation. Une semaine plus tard, la cliente se sentait complètement guérie. Cette expérience a convaincu Coué que, parfois, l'amélioration dépend moins des agents contenus dans les produits pharmaceutiques que de la croyance en leur vertu.
La force de l'influence spirituelle n'a plus cessé de préoccuper le pharmacien. A titre expérimental, celui-ci a servi une partie de sa clientèle sans mot dire et l'autre partie avec des paroles suggestives telles que "Ce médicament ne tardera sûrement pas à vous remettre sur pied!" Il s'est avéré que l'efficacité des substances remises avec un commentaire "positif" était en général beaucoup plus forte.
Par la suite, le spécialiste a mis au point une méthode pour aider les gens à se rétablir et, d'une manière générale, à maîtriser leurs difficultés dans toutes sortes de situations. Celle-ci repose essentiellement sur la formule de base: "Je vais chaque jour de mieux en mieux à tous points de vue". D'après Coué, cette phrase devrait être répétée matin et soir une vingtaine de fois.
Pas de guérison miracle
Lorsque Verena Duc-Althaus entendit dire que le fait de prononcer une simple phrase pouvait lui apporter de l'aide, elle n'y crut pas sérieusement. Cette habitante de Hindelbank (BE) qui vient de fêter son 60e anniversaire souffrait, depuis l'âge de 25 ans, de la maladie de Ménière, qualifiée d'incurable. Elle fit malgré tout une tentative et remarqua une amélioration déjà au bout de deux semaines. Dix-huit ans après sa guérison, Verena Duc n'a toujours pas connu de rechute. Impressionnée par ce résultat, elle est par la suite devenue elle-même consultante de la méthode Coué et peut aujourd'hui témoigner de nombreuses guérisons étonnantes.
Si le nom de Coué est resté célèbre, le procédé qu'il a développé ne l'est guère. Pour Heidi Dettwiler de l'Association Coué Suisse, la raison de cette méconnaissance tient à la trop grande simplicité de la méthode. Mais pour les partisans de Coué, seul compte le taux de réussite qui, d'après leurs indications, serait très élevé. Cette efficacité ne découle nullement d'un excès de crédulité ou d'un tour de passe-passe; elle est liée au fait que, dans la vie, c'est généralement ce que l'inconscient se représente indépendamment de la volonté, qui se réalise.
En favorisant la pensée positive, la méthode Coué cherche à exploiter cette loi. Ses défenseurs ne croient pas que la médecine académique n'en devienne pour autant superflue. Mais ils sont convaincus que bien des gens auraient dû aller moins souvent chez le médecin s'ils avaient accru leurs capacités d'autoguérison par la force positive de l'autosuggestion.